Bonjour à tous,
Un rapport publié en mars 2026 par Keyrock, Safe et DLResearch analyse la gestion de trésorerie de 25 grands protocoles crypto. Le constat est saisissant : 93 % de leurs actifs sont improductifs. Ces organisations gèrent des milliards, et laissent pourtant l’essentiel dormir.
Ce n’est pas une critique du secteur crypto. C’est une opportunité pour vous.
Car si même les professionnels de la crypto sous-exploitent leurs réserves, les outils qu’ils commencent à adopter pour y remédier sont précisément ceux que vous pouvez utiliser, vous, dirigeant de société belge, pour faire travailler votre trésorerie dormante différemment.
Ce que cet article vous propose : comprendre ces outils, évaluer leur pertinence pour une société belge, et identifier les questions concrètes à poser avant d’avancer.
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Le problème que ce rapport met en évidence et qui vous concerne
Le rapport documente 25 protocoles crypto gérant collectivement 5,6 milliards de dollars. Résultat : le protocole médian n’alloue que 7 % de ses actifs à des positions génératrices de rendement. Le reste est immobilisé.
La raison ? Une combinaison de concentration excessive dans un seul actif (leur propre token) et d’inertie de gouvernance.
La leçon pour une société belge : le problème n’est pas spécifique à la crypto. Beaucoup de sociétés accumulent de la trésorerie sur des comptes courants à rendement nul ou quasi-nul, par habitude, par manque de temps, ou parce que les alternatives semblent compliquées.
La différence, c’est que dans le monde crypto, des outils concrets ont émergé pour résoudre ce problème. Certains sont accessibles à des sociétés ordinaires.
Ce que le rapport identifie comme solutions concrètes
Le rapport classe les actifs de trésorerie en quatre états. C’est une grille utile, indépendamment du secteur :
1 — Réserves dormantes. Actifs détenus sans générer de rendement. Risque nul, productivité nulle. C’est l’état par défaut de la plupart des trésoreries.
2 — Crédit onchain. Stablecoins déployés sur des marchés de prêt décentralisés. Rendements documentés dans le rapport : 4 à 8 % par an. Liquidité en quelques heures. C’est ici que se situe l’opportunité la plus immédiatement lisible pour une société qui veut commencer.
3 — Actifs stakés. ETH ou autres actifs déployés en staking. Rendements de 3 à 6 % par an, mais avec une exposition au prix de l’actif sous-jacent. Plus risqué pour une trésorerie d’entreprise classique.
4 — RWA et cash management onchain. Instruments tokenisés adossés à des actifs réels : bons du Trésor américain, fonds monétaires. Rendements de 3 à 5 %, corrélation faible avec la volatilité crypto. Le rapport mentionne des produits comme BlackRock BUIDL, Ondo USDY, Franklin Templeton BENJI. Ce segment est le plus directement comparable à un placement de trésorerie traditionnel.
Traduire concrètement : ce que cela peut signifier pour votre société
Prenons un exemple chiffré, directement inspiré de la méthodologie du rapport.
Supposons que votre société détienne 500 000 € de trésorerie excédentaire, actuellement sur compte courant ou en dépôt à terme faiblement rémunéré.
Si vous allouez 30 % de cette somme (150 000 €) à des positions génératrices de rendement, en combinant par exemple 100 000 € sur des vaults stablecoins à 5 % et 50 000 € sur des RWA tokenisés à 4 % :
- Rendement annuel estimé sur la partie déployée : environ 4 700 €
- Rendement sur trésorerie totale : environ 0,9 %
Ce n’est pas spectaculaire. Mais c’est davantage que zéro, avec une liquidité maintenue et sans cession de l’actif principal.
À 1 million d’euros de trésorerie avec la même logique d’allocation, on arrive à environ 9 400 € de rendement annuel estimé sur la partie déployée. Le rapport illustre le même raisonnement à grande échelle.La mécanique est identique. L’échelle seule diffère.
Attention cependant : ces chiffres sont issus d’un rapport produit par des acteurs commerciaux du secteur (Keyrock est un market maker, Safe est un fournisseur de wallets institutionnels). Ils ont un intérêt à présenter l’opportunité sous son meilleur jour. Les rendements cités sont des moyennes observées en conditions favorables, ils varient selon les marchés, les protocoles, et les périodes.
Les risques que le rapport documente lui-même
Le rapport est honnête sur les risques structurels. C’est ce qui le rend crédible et c’est ce que vous devez comprendre avant d’agir.
Risque de drawdown sévère. Sur les 25 protocoles analysés, la perte moyenne pic-à-creux a atteint -80,1 % en octobre 2025. Ces protocoles détiennent principalement leur propre token, ce qui amplifie considérablement la volatilité. Une société belge qui détiendrait des stablecoins ou des RWA tokenisés n’est pas exposée à ce niveau de risque, mais la volatilité des actifs crypto reste réelle si vous sortez des stablecoins.
Risque de smart contract. Les vaults onchain reposent sur des contrats intelligents. Même les plus établis (Aave fonctionne depuis des années, Morpho depuis plus récemment) ont un historique de sécurité documenté, mais le risque ne tombe jamais à zéro. Le rapport lui-même cite des répondants mentionnant le risque smart contract comme frein principal à l’adoption.
Risque de contrepartie. Pour les instruments OTC ou les produits structurés, le risque de contrepartie existe comme dans tout marché de gré à gré.
Risque de liquidité. Certains instruments nécessitent plusieurs jours pour débloquer les fonds (staking notamment). Les vaults stablecoins offrent généralement une liquidité en quelques heures, mais ce n’est pas garanti dans tous les scénarios de stress de marché.
Ce que la comptabilité belge impose
Si vous envisagez d’exposer la trésorerie de votre société à des crypto-actifs, l’avis CNC 2021/16 (Commission des Normes Comptables) s’applique (lisez notre article sur la comptabilisation des cryptos en société ici). Voici ce qu’il implique concrètement.
- Comptabilisation au coût historique. Les crypto-actifs détenus par une société belge sont enregistrés à leur valeur d’acquisition. Aucune réévaluation à la valeur de marché n’est possible, à la hausse.
- Principe de prudence et dépréciation. Si la valeur de marché tombe en dessous du coût d’acquisition de façon durable, une réduction de valeur doit être actée. En revanche, une plus-value latente n’est pas comptabilisée tant que l’actif n’est pas cédé.
- Conséquence pour les stablecoins. Un stablecoin (USDC, USDT) est censé rester à parité avec le dollar. Le risque de dépréciation comptable est donc limité en théorie mais pas nul. Les dépégs historiques existent (USDC a brièvement perdu sa parité lors de la faillite de Silicon Valley Bank). C’est à documenter dans votre politique de risque.
- Conséquence pratique pour les RWA tokenisés. Un produit comme BUIDL (adossé à des bons du Trésor américain) pose une question de qualification comptable qui n’est pas tranchée directement par la CNC. Une analyse plus approfondie est nécessaire pour s’assurer du bon traitement comptable.
- Fiscalité des rendements. Les intérêts générés par des positions de prêt onchain constituent des revenus imposables dans le chef de la société.
Par où commencer concrètement
Le rapport distingue trois niveaux de sophistication. Pour une PME belge qui découvre ce sujet, seul le premier niveau est raisonnablement accessible sans accompagnement spécialisé.
- Niveau 1 — Vaults stablecoins (accès relativement direct). Déposer des stablecoins sur des protocoles de prêt établis comme Aave ou Morpho. Rendements actuels documentés dans le rapport : 4 à 8 % annuels. Liquidité en quelques heures.
Risque principal : smart contract. Montant minimum pour que cela ait un sens économique après frais de gas et de change : probablement à partir de 50 000 €, mais c’est une estimation personnelle, non une règle établie. - Niveau 2 — RWA tokenisés (accès via intermédiaires réglementés). Produits comme BUIDL ou BENJI. Nécessite un accès via des plateformes habilitées, souvent avec des minimums d’investissement élevés et des processus KYB (Know Your Business). Plus proche d’un placement institutionnel que d’un accès direct. La réglementation MiCA en Europe clarifie le cadre d’accès pour les sociétés européennes.
- Niveau 3 — Stratégies d’options et covered calls (réservé aux institutions). Le rapport consacre plusieurs pages à ces stratégies. Elles sont pertinentes pour des trésoreries de plusieurs dizaines de millions d’euros avec une équipe dédiée. Elles ne concernent pas une PME belge standard aujourd’hui.
Synthèse
Ce que le rapport démontre, avec des données onchain vérifiables sur 25 protocoles :
- 93 % des actifs de grandes trésoreries crypto restent improductifs, faute de stratégie de déploiement.
- Les outils pour y remédier existent, sont opérationnels, et génèrent des rendements documentés entre 3 et 8 % selon les stratégies.
- Le passage à une allocation même modeste (30 % des réserves) multiplierait les revenus de trésorerie par un facteur plus important que ceux disponibles dans le secteur bancaires.
- Les freins sont davantage liés à la gouvernance et à la sophistication interne qu’à l’absence d’infrastructure.
Pour une PME belge, la conclusion est plus nuancée que celle du rapport, qui cible des protocoles institutionnels :
- L’opportunité financière est réelle, mais les rendements à votre échelle restent modestes en valeur absolue.
- Le cadre comptable belge impose des contraintes spécifiques que le rapport n’aborde pas.
- Les risques (smart contract, liquidité, qualification fiscale) doivent être évalués avant toute décision.
- Le point d’entrée le plus raisonnable reste les stablecoins déployés sur des protocoles établis, avec des montants limités dans un premier temps.
Ce n’est pas une révolution pour votre bilan. C’est une option à étudier sérieusement, avec les bons conseils.
Conclusion
Le rapport Keyrock/Safe/DLResearch documente un changement structurel dans la façon dont les organisations crypto gèrent leur capital. La thèse centrale (le capital inactif est une forme de mauvaise gestion) s’applique bien au-delà du seul secteur DeFi.
Pour les dirigeants belges, la question est de savoir s’il existe-t-il, parmi les outils que ce secteur a développés, des instruments suffisamment matures et encadrés pour mériter une place dans une politique de gestion de trésorerie conservatrice ?
La réponse en 2026 : oui, pour une fraction, avec les bons outils et le bon accompagnement. Mais le cadre belge impose de poser les bonnes questions avant toute démarche.
Si cette analyse vous a été utile ou a clarifié certains points de la future fiscalité crypto, n’hésitez pas à la partager autour de vous. Rendez-vous aussi sur www.cryptomonnaie.be et sur https://cryptobelgique.substack.com/ pour d’autres informations belges sur les cryptos.
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